Avec les marchés scolaires, Amazon pourra-t-il s’offrir une ville ?

Avec les marchés scolaires, Amazon pourra-t-il s’offrir une ville ?

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Antoine Oury / actualitte.com

Aux États-Unis, Amazon s’intéresse depuis plusieurs années à un marché très lucratif, celui des écoles et autres établissements pédagogiques : les agences gouvernementales et écoles publiques s’approvisionnent parfois auprès d’Amazon pour leurs ouvrages scolaires. Pour convaincre, la firme met en avant sa rapidité d’action et son stock, ainsi que ses tarifs, mais des voix inquiètes se font entendre quant à la viabilité, notamment sur le long terme, de ces contrats.

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L’Institute for Local Self-Reliance (ILSR), comme son nom l’indique, étudie la manière dont les solutions locales, sur des plans économiques ou logistiques, peuvent être bien plus avantageuses qu’une centralisation ou une mondialisation à tout prix. Dans un rapport intitulé « Amazon’s Next Frontier: Your City’s Purchasing » (« La prochaine étape d’Amazon : Acheter votre ville »), l’ILSR se penche sur les contrats passés avec la firme américaine pour les achats de livres scolaires.

Environ 1500 juridictions américaines ont déjà cédé aux sirènes d’Amazon en matière de marchés scolaires, avance l’organisation, pour un total estimé à 5,5 milliards $. Conquérir des parts de marché auprès du grand public est une chose, convaincre des institutions de passer commande en est une autre : les contrats avec Amazon peuvent concerner des livres, en premier lieu, mais aussi des fournitures scolaires, voire de l’équipement électronique.

L’ILSR prévient, toutefois : d’après son étude, les contrats passés avec Amazon présentent plusieurs zones d’ombre qui soulèvent autant de préoccupations, sur les plans logistique et économique, mais aussi sur la marge d’évolution du contrat elle-même.

« Quand la norme est de garantir un prix fixe, Amazon utilise un prix dynamique, ce qui signifie que les administrations locales sont bloquées dans un système où les prix peuvent fluctuer et, potentiellement, subir une inflation », prévient le rapport, relayé par l’association des libraires américains. En Californie, le district aurait ainsi payé 10 à 12  % supplémentaires par rapport à une même facture chez des revendeurs locaux, assure l’ILSR.

Derrière quelques prix plus avantageux, les tarifs proposés par Amazon ne semblent pas forcément meilleur marché, d’autant plus qu’il faut y ajouter les frais d’expédition ou l’abonnement à un compte Business Prime.

Toujours une impossible concurrence

Face aux réclamations et demandes des administrations locales, Amazon peut assurer que sa Marketplace — la plateforme de vente ouverte aux particuliers et aux commerces — leur permettra de toute façon de se fournir auprès des enseignes du coin, tandis qu’Amazon assurera la logistique. Sauf que le confortable prélèvement que s’octroie Amazon, de l’ordre de 15 % sur les ventes, selon l’ILSR, condamne toute concurrence avec ses propres prix, car il oblige les commerces à augmenter leurs tarifs pour espérer tirer une marge de leurs ventes par Amazon.

Dernier sujet de préoccupation, et non des moindres, la transparence des contrats : dans le cadre d’un marché public, ces derniers sont normalement soumis à des dispositions spéciales qui visent notamment à garantir l’intégrité des accords et leur communication au public. Avec le modèle proposé par Amazon, plus question de dévoiler la moindre information, assure l’ILSR, sans passer par les services juridiques de la firme. Par ailleurs, ce sont les articles mêmes du contrat qui pourraient être modifiés par la firme, assure l’institut.

Selon ce dernier, les contrats relatifs aux marchés scolaires américains suscitent de sérieuses inquiétudes : « On distingue ainsi des préoccupations concrètes comme des garanties moindres pour assurer des prix réduits et des prélèvements fiscaux sur des résultats issus de l’argent des contribuables, qui quitte par ailleurs la communauté qui les a générés. Mais il y a aussi autre chose, la création d’une économie dans laquelle on trouve de moins en moins de concurrence, moins d’opportunités, et où la seule façon de faire est de passer par Amazon », conclut le rapport.

Il est possible de lire l’intégralité du rapport Amazon’s Next Frontier : Your City’s Purchasing en suivant ce lien.

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