Impression à la demande : état de lart sur lévolution du livre

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Impression à la demande : état de lart sur lévolution du livre.

Le samedi 23 mars 2013 . Avec Lettres numériques

 

Le Print On Demand, ou Impression à la demande a dépassé le simple cadre de prototypes, ou d’expérimentation hasardeuse. Désormais, il est possible de retrouver dans des librairies, certes encore peu nombreuses, de gigantesques machines à imprimer, qui permettent de fabriquer un ouvrage en taille poche, sous moins de 10 minutes, pour 200 pages. Cette évolution du secteur ne va pas sans apporter quelques difficultés, mais indubitablement, représente un avenir certain…

 

 

L’impression à la demande recouvre de nombreuses réalités au départ d’un principe très simple : imprimer un exemplaire (au moins) d’un ouvrage qui, pour une série de raisons, ne pourrait pas être imprimé par le canal traditionnel.

Les ouvrages imprimés à la demande du lecteur

Tout d’abord, il est impensable d’évoquer l’impression à la demande sans parler de ces machines révolutionnaires, les Espresso book machines, capables d’imprimer un livre de 550 pages en une dizaines de minutes.  DA Information Services, qui les distribue, a élargi dernièrement son cheptel d’EBM, mais ces machines restent encore peu répandues puisque seuls 11 modèles sont en service dans le monde.

On retrouve ces « super imprimantes » entre autres à la bibliothèque d’Alexandrie, à l’université du Nouveau Mexique, au NYU Bookstore et dernièrement, à l’université de Melbourne.  Ces dernières ne sont pour l’heure pas encore bon marché puisqu’elles coûtent plus de 50.000 €. Elles constituent cependant un investissement qui se révèlera probablement très rentable puisque, par exemple, le duo librairie-bibliothèque de l’université de Melbourne a prévu de produire une série de demandes suffisantes pour que la machine tourne régulièrement.

Publications scientifiques ou hyper spécialisées

 

Il est vrai que, même si toutes les universités n’ont pas les moyens de débourser une telle somme, l’impression à la demande est bel et bien un phénomène très à la mode dans le monde scolaire et celui de la recherche scientifique.

Prenons l’exemple de i6doc à Louvain-la-Neuve qui, depuis quelques années, servent d’imprimeur à la demande pour une série d’éditeurs. Leur principe : tirer un nombre minimum d’exemplaires  d’un nouvel ouvrage et réimprimer ce dernier en fonction de la demande. « Cela nous permet d’éviter de stocker des livres, on gagne pas mal de place et on évite d’abimer un stock neuf » nous confie la directrice de la librairie.

Les ouvrages épuisés

 

L’impression à la demande ne concerne évidemment pas que l’impression d’ouvrages hyper-spécialisés ou des publications liées à la recherche scientifique, de nombreux lecteurs à la recherche d’un ouvrage épuisé peuvent désormais le faire réimprimer autant de fois qu’ils le désirent. Par exemple, la société Edilivre a signé un accord avec la Bibliothèque Nationale de France pour imprimer à la demande 100 000 ouvrages anciens. Ces livres sont proposés sous forme d’ebooks sur Gallica. Ils sont repoduits sur du papier bouffant de haute qualité et la couverture sur un haut de gamme ivoire texturée.  Se pose alors la question des droits, notamment pour les couvertures. Edilivre a mis en place un système permettant de générer automatiquement des couvertures uniques pour chaque livre car les droits liés aux illustrations sont souvent difficiles à obtenir. Le lecteur choisit dans le catalogue du site le livre à imprimer et avant de faire son choix, il peut consulter quelques pages en prévisualisation sur la fiche descriptive du site. Exemple avec Chrétien de Troyes et son Roman du Chevalier à la Charrette.

Quid du prix, de l’ISBN ?

Un livre en impression à la demande peut être plus cher que l’original puisque, la plupart de temps, ramené au prix d’un exemplaire, il est plus cher d’en imprimer un seul que 5000. Si l’on considère que le livre imprimé à la demande est une réimpression, un nouveau prix peut être fixé, et le consommateur doit pouvoir être prêt à payer plus cher pour un même livre.

En ce qui concerne l’ISBN, un numéro soit être octroyé par format, en théorie, pour des raisons de gestion. Dans la perspective d’une revente d’un livre électronique par morceaux (ex. Lonely Planet), des ISBN par chapitre peuvent même être assignés.

 

Les ouvrages imprimés à la demande de l’auteur

Plusieurs types d’auteurs font appel à l’impression à la demande. La première catégorie et probablement la plus représentée : les particuliers. De nombreux auteurs amateurs souhaitent partager des textes et des images par l’intermédiaire d’un livre (pensons notamment aux livres de photos proposés par tous les sites d’impression de photos en ligne).

Parmi les auteurs-amateurs, on retrouve ceux qui ne veulent pas vendre leur publication comme ce grand-père qui, à 80 ans, a décidé de coucher sur le papier ses souvenirs de guerre. Une cinquantaine d’exemplaires ont été tirés et distribués à la famille et aux amis. Mais cette catégorie n’est pas majoritaire. Le responsable du site internet Shopmybook.com (anciemment Unibook) nous confie qu’environ 80% des ouvrages envoyés sur leur site le sont dans un but commercial.

Shopmybook propose donc non seulement un service de mise en page et d’impression à la demande mais également un site internet de vente de leurs productions. Néanmoins, le porte-parole du site tient à préciser qu’ils ne se chargent pas de la promotion des œuvres qu’ils mettent en vente. C’est une tâche confiée à l’auteur.

 

Les travers de l’impression à la demande

L’impression à la demande est aussi l’occasion pour certains de tenter de gagner de l’argent facilement. Des entrepreneurs peu scrupuleux proposent ainsi, au tarif fort, des volumes sur des sujets pointus, distribués uniquement chez quelques grands libraires en ligne (principalement Amazon ; voir par exemple une recherche sur les mots-clés « source wikipedia »). Il s’agit en fait de compilations automatiques d’articles tirés de Wikipedia. Rien n’est illégal dans cette pratique : le contenu de Wikipedia est « sous licence Creative Commons by-sa et peut être copié et réutilisé sous la même licence— même à des fins commerciales — sous réserve d’en respecter les conditions » (présentation sur la page d’accueil de Wikipedia). Il n’empêche qu’en tant que lecteur, il faut se méfier ce qui est proposé par ce type de marchands de papier.

Certains ont vu le monde académique comme un autre marché juteux : différents éditeurs (finalement tous filiales d’un même groupe) ont vigoureusement démarché chercheurs et étudiants en vue de publier leurs thèse ou mémoire. L’offre était simple : l’auteur devait seulement fournir un fichier PDF et il recevait en échange un exemplaire imprimé de son travail. L’éditeur référençait ensuite l’ouvrage, principalement chez les libraires en ligne. Aucun travail sur le manuscrit, aucune mise en page, aucune révision n’était proposée à l’auteur. Au final, l’éditeur se contente de se constituer un stock de travaux universitaires qu’il imprime à la demande et vend à un prix très élevé lorsqu’un client passe une commande en ligne.

Ces livres, en fait, ne sont pas destinés à être lus, mais à figurer comme ligne supplémentaire sur le curriculum du chercheur, dans un contexte où publier un essai en sciences humaines et sociales est extrêmement difficile, car peu rentable pour l’éditeur classique. Il faut cependant être conscient qu’un tel livre renoue avec une pratique ancienne : le compte d’auteur. Publiés hors du contexte classique de l’édition scientifique, c’est-à-dire sans directeur de collection, sans comité scientifique et sans travail éditorial, ces livres n’ont pas la même valeur symbolique que ceux édités chez un éditeur reconnu. De nombreuses voix se sont élevées pour mettre en garde contre ces pratiques (Fabula.org ; Histoires d’Universités, un blog du Monde.fr ; etc.).

Ces abus ne doivent cependant pas conduire à diaboliser l’impression à la demande. C’est avant tout une pratique qui peut rendre de grands services au monde de l’édition, généraliste ou spécialisé.

Pour prolonger la lecture :

Depuis quelque temps, il vous est également possible de transformer votre blog en un blook. Sur le même  principe qu’une impression à la demande d’un manuscrit, www.blookup.com vous offre la possibilité d’imprimer une version papier de votre blog mais également de la vendre par le biais de leur site. Une façon amusante de garder une trace matérielle.

 

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