Pris en otage, un éditeur italien décide de partir en guerre contre Amazon

Pris en otage, un éditeur italien décide de partir en guerre contre Amazon

Bookmark and Share

Nicolas Gary – actualitte.com / 22.12.2017

Un vent de contestation souffle en Italie, alors que, depuis plusieurs semaines, le pays apporte un soutien fort à ses librairies. Dans ce même mouvement, les Edizioni E/O annoncent leur intention de barrer la route au cybermarchand. Amazon n’est plus le bienvenu, du moins dans les conditions commerciales qu’il propose aux éditeurs. Mais également de par les conditions de travail qu’il impose à ses salariés.

Fuente original: Pris en otage, un éditeur italien décide de partir en guerre contre Amazon.


photo Edizioni E/O

Au cours des dernières années, indique l’éditeur, Amazon est devenu un acteur majeur, au niveau mondial. « Partout il tend au monopole et, dans certains pays, contrôle déjà la majeure partie du marché », relève l’éditeur. Évidemment, cette implantation a conduit à la création d’emplois, mais a conduit parallèlement à la fermeture de « beaucoup de librairies, ce qui a entraîné la perte d’emplois », poursuit la maison.

Actuellement, une revendication syndicale agite l’entrepôt de Piacenza, du fait des conditions de travail, « insoutenables », estiment les syndicats. Or, « Amazon ne s’est pas même présenté à la réunion de médiation convoquée par la préfecture ».

Une aide structurelle à toute l’édition italienne,
contre les prédateurs GAFA

La « concurrence féroce […] entraîne également un appauvrissement économique et culturel du territoire : les lieux essentiels de rencontre et de culture se raréfient », déplore Edizioni E/O. Et si Amazon séduit, c’est parce que les prix réduits et l’efficacité de la livraison parviennent à convaincre. « Nous avons vu avec quelles conséquences pour les conditions de travail pour ses employés et l’appauvrissement du territoire, Amazon parvient à proposer cette efficacité. »

Et de dénoncer le dumping pratiqué sur le livre, accompagné par les exercices d’optimisation fiscale, doublés par des accords passés avec des États comme avec le Luxembourg. La Commission européenne a ainsi contraint Amazon à verser 250 millions € – décision que le Luxembourg a choisi de contester. Et pour les éditeurs, ce sont « des conditions économiques inacceptables exigées » qui ressortent.

« Nous venons de faire l’objet de telles demandes. On nous a réclamé une réduction – ce que les éditeurs paient aux distributeurs et aux libraires, représentant la part de leur revenu final – qui leur serait favorable, mais trop lourde pour nous et pas même justifiée par le volume de leur chiffre d’affaires réalisé avec notre maison. Face à notre refus, Amazon a suspendu l’achat de nos livres et rendu indisponible ceux qu’il avait en magasin. »

Et de fait, si l’on consulte la plateforme italienne d’Amazon, les ouvrages de E/O sont uniquement proposés par des vendeurs tiers, et bien évidemment, expédiés sous 6 à 10 jours avec des frais d’envois facturés au client. Cette méthode particulièrement brutale est connue : Amazon l’emploie régulièrement, dès qu’il est nécessaire, dans un bras de fer, de faire céder l’éditeur. Le groupe Hachette, aux États-Unis, avait déjà eu à subir les indélicates manières en 2014 – il s’agissait alors de négocier à l’époque les relations commerciales. Et l’on se souvient que le conflit s’est étalé sur des mois…

« À ce stade, les consommateurs pourraient considérer que l’on est dans les négociations entre entreprises, et qu’ils ne sont intéressés que par un bon prix et un service efficace. Notre point de vue est que nous sommes en présence d’une société qui tend dangereusement, et avec un succès partiel, à obtenir une position dominante sur le marché du livre – assurément pour ce qui concerne le secteur du commerce électronique. »

En 2017, une année d’espoirs pour l’industrie du livre en Italie

En somme, ce ne sont pas n’importe quelles négociations ni n’importe quelle entreprise. Le risque est qu’Amazon « pourrait être le seul (ou presque) vendeur de livres dans le futur. Il est évident que le danger pour la liberté d’expression est réel, constant et quotidien ». Et dans le même temps, les éditeurs ont besoin de marges économiques suffisantes pour investir dans la recherche de nouveaux auteurs et de nouvelles offres. « Si ces marges sont trop érodées, les maisons d’édition risquent de disparaître (avec les librairies, les auteurs et tout le monde du livre). »

Toutes ces raisons font que Edizioni E/O rejette désormais le fonctionnement, et fait appel au soutien des lecteurs, et citoyens. Ces derniers ne peuvent pas être réduits « à de simples consommateurs ». Et surtout, « nous devons être conscients de faire partie d’un territoire, qui ne peut être désertifié ».

Etiquetado con:

Artículos relacionados