Seuil rejoindra Dupuis : “La concentration de l’édition s’aggrave sans cesse”

Seuil rejoindra Dupuis : “La concentration de l’édition s’aggrave sans cesse”

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Nicolas Gary / actualitte.com

Les deux groupes éditoriaux La Martinière (Seuil, Points, etc.) et Media Participations (Dupuis, Lombard, Dargaud, etc.) ont ouvert des discussions exclusives impliquant le rachat du premier par le second. Entre complémentarité des catalogues et enjeux économiques réciproques, c’est la constitution du troisième groupe éditorial français qui se profile, devant la holding Madrigall, regroupant Flammarion et Gallimard…

Olivier Bessard-Banquy, professeur des universités à Michel de Montaigne Bordeaux 3, répond à nos questions.

ActuaLitté : Quand l’acquisition de La Martinière par Media Participations aura abouti, comment le paysage éditorial sera-t-il modifié ?

Olivier Bessard-Banquy : L’édition sera toujours plus concentrée avec, maintenant, quatre groupes de Hachette à Gallimard en passant par Editis et Média-Participations, quelques maisons de belle taille derrière avec leurs satellites, Albin Michel, Actes Sud et quelques autres, et enfin une ribambelle de structures qui ne peuvent pas lutter sur le même plan et qui ne peuvent s’en sortir que par le talent, l’inventivité, la créativité.

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Seuil rejoindra Dupuis : “La concentration de l’édition s’aggrave sans cesse”.

La Martinière groupe en négociations exclusives avec Média Participations

Je pense aux marques d’innovation que sont Monsieur Toussaint Louverture ou Le Nouvel Attila, des maisons modestes, mais très douées qui font ce que les autres ne font pas comme Pauvert en son temps.

Comment expliquer ce rapprochement ? Quels sont les intérêts communs ?

Olivier Bessard-Banquy : Sur le papier il est évident que la complémentarité des deux ensembles semble parfaite, l’un est fort dans le domaine de la jeunesse, du pratique et surtout de la BD, l’autre dans le livre illustré et la littérature, on ne peut rêver mieux. Si j’étais blagueur, je dirais que les doubles origines catholiques du groupe issu de la maison Mame et de l’éditeur de Don Camillo avaient tout pour les rapprocher sinon les unir, mais je ne crois évidemment pas que cela ait la moindre importance dans une opération de ce genre aujourd’hui.

Ce sont plutôt les intérêts communs en France et surtout à l’international qui peuvent être déterminants en cette affaire : La Martinière a toujours été très actif hors de France en possédant des marques importantes comme Abrams aux États-Unis et il est hautement probable que le groupe ait des ambitions dans ces domaines.

En quoi tout cela est-il une suite logique de la concentration ?

Olivier Bessard-Banquy : Les maisons les plus douées qui ont su se développer fortement dans les périodes d’expansion économique passées comme Hachette, puis Flammarion et tant d’autres sans oublier Gallimard ont pris une avance, sinon irrattrapable, en tout cas suffisamment forte depuis près de deux siècles pour les plus anciens afin d’avoir des moyens écrasants que les autres n’ont pas. Pour s’en sortir, ceux qui ne veulent pas faire de la figuration ou vivoter n’ont d’autre choix que de se vendre ou s’associer comme Le Seuil a fait avec La Martinière.

Toutes les maisons moyennes qui voudront demain assurer leur avenir n’auront guère le choix que de trouver des solutions du même genre, aggravant sans cesse la concentration de l’édition en France.


Hervé de La Martinière

Car les petites comme Minuit ou Corti peuvent vivre chichement sans grossir en partie grâce à leurs fonds tandis que les moyennes sont prises en sandwich et bien obligées de chercher sans cesse des projets commerciaux pour payer notamment les frais de fonctionnement qui ne sont pas négligeables, or dans ces domaines elles sont sans cesse doublées, dominées, écrasées par les plus grandes…

Pensez-vous que Bruxelles puisse avoir à redire dans ce rapprochement ?

Olivier Bessard-Banquy : Je ne vois pas bien en quoi ce groupe pourrait être dit abusivement dominant dans un secteur ou un autre, nous ne sommes pas du tout dans le cas des années 2000 quand Hachette a repris ce qui allait devenir Editis, le numéro un reprenant le numéro deux, en situation très nettement dominante dans un grand nombre de secteurs. Au contraire, cette reprise qui ne concerne pas les trois premiers groupes de l’édition actuelle semble donner l’illusion d’un rééquilibrage qui ne peut qu’apaiser les craintes de ceux qui redoutent la domination des plus forts.

Les régions de France où écrivains et traducteurs gagnent le mieux leur vie

Dans les faits, je ne vois pas bien que cela puisse changer grand-chose dans la façon dont ces maisons font de l’édition, mais je peux me tromper, bien sûr, le pire est déjà passé pour le Seuil qui a connu des crises à répétition avec, notamment, le départ des anciens cadres et une politique éditoriale devenue quand même bien plus grand public malgré, il faut le dire, des projets ambitieux et intéressants toujours d’actualité ; peut-être faudra-t-il redouter qu’une marque comme le Seuil jeunesse soit moins bien traitée que les maisons reines de Média Participations, et encore, bien malin qui peut dire comment les choses se passeront demain.

Je comprends en tout cas l’émotion des auteurs de Seuil, maison ontologiquement de gauche, à l’idée d’être repris par un groupe nettement marqué à droite ; mais j’imagine que si les anciens de Fleurus-Mame reprennent les belles maisons de l’univers Le Seuil-La Martinière, ce n’est pas pour tout casser…

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