Versement des aides aux libraires du Québec : qui a gardé les gardiens ?

Versement des aides aux libraires du Québec : qui a gardé les gardiens ?

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actualitte.com / Nicolas Gary

Les aides attribuées aux professionnels de l’édition québécoise avaient beaucoup fait jaser, alors que s’ouvrait le Salon du livre de Montréal. En cause, le versement de subventions à hauteur de 1,1 million $ à l’enseigne Renaud Bray, par l’organisme de la Province, la Sodec. Un montant que les libraires indépendants considéraient comme leur revenant – et certainement pas destiné à une chaîne.

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Salon du livre de Montréal
Salon du livre de Montréal – ActuaLitté, CC BY SA 2.0

Selon les informations communiquées à ActuaLitté, il aura fallu que la tutelle de la Sodec (Société de développement des entreprises culturelles), le ministère de la Culture, pousse ledit financement. Mais les explications tardaient à venir.

Pour obtenir lesdites subventions, les librairies québécoises doivent disposer d’un agrément. Or, dans les faits, les établissements de la chaîne Renaud Bray ont cet agrément – de même que les établissements Archambault, autre enseigne rachetée par RB voilà deux ans. « C’était une demande et un financement légitimes : les librairies étaient éligibles », nous avait-on répondu entre deux tables, du côté de Renaud Bray.

Certes, mais l’image de l’enseigne, qui durant le Salon du livre de Montréal célébrait le rachat du distributeur Prologue, n’est pas vraiment resplendissante dans le secteur. « Nous sommes pris entre la nécessité de travailler avec Renaud Bray, parce qu’il représente un partenaire très important… et une certaine réticence. » Cristallisée par la figure du patron, Blaise Renaud.

Si l’interprofession s’est étranglée en découvrant les aides perçues pour l’année 2016-2017 par Renaud Bray, c’est surtout que, l’année passée, l’entreprise n’avait perçu que 7500 $ au titre pour le transport de livres.

Autrement dit, c’est à l’époque où Luc Fortin était ministre de la Culture – entre février 2016 et octobre 2017. Ce dernier avait également mené les échanges autour d’une réglementation du prix de vente du livre a Québec, pour le compte d’Hélène David qui fut ministre juste avant lui à ce poste, et dont il était l’adjoint parlementaire.

Commentaire au vitriol d’un éditeur : « Il est compliqué de savoir à quel niveau il a pu être informé du versement de cette subvention. D’autant que la Sodec a une certaine autonomie, même si elle est par trop dépendante de l’obtention des crédits, qu’elle doit presque réclamer. Mais cela peut également montrer tout l’intérêt de Fortin dans le suivi du dossier : il était avec Hélène David quand le Plan d’action pour le livre a été présenté… »

À l’époque, Luc Fortin assurait pourtant : « Je souhaite que les librairies agréées puissent assumer pleinement leur rôle culturel sur le territoire québécois et sur le Web. Il importe d’appuyer leur développement. »

Une intervention officielle du ministère de la Culture

Mais Le Devoir indique que le changement de critères pour la Sodec s’est opéré après une « modification ministérielle », qui a permis de faire rentrer Renaud Bray dans l’arène. Précédemment, un verrou empêchait les établissements de pouvoir accéder aux financements du Plan d’action pour le livre : le fait qu’il ne prenne pas part à la base de données Gaspard, qui recense les ventes de livres en sortie de caisse.

« C’était l’interprétation que faisait la SODEC de l’esprit du Plan d’action sur le livre, sans que ce soit écrit noir sur blanc », précise-t-on à nos confrères. Point par ailleurs confirmé par le ministère de la Culture. Un verrou de sécurité, d’autant que l’enseigne refuse de partager ses chiffres, mettant en avant un secret des affaires essentiel.

Le gouvernement québécois aide-t-il Renaud Bray
au détriment des libraires ?

Reste qu’une partie de la somme versée à Renaud Bray, concernant les projets collectifs, et d’un montant supérieur à 400.000 $ restait en travers de la gorge. « Il n’est en rien collectif, c’est tout le contraire », nous assurait-on. « Il fait des rachats qui laissent croire à une stratégie globale, laquelle, à terme, mènerait à une concentration dangereuse pour notre industrie. »

Et comme pour renforcer cette analyse, une rumeur a jailli durant le Salon du livre de Montréal, annonçant un possible rapprochement, entre De Marque, acteur québécois majeur dans la distribution de contenus culturels numériques, principalement de livres numériques… et Renaud Bray. Il aura fallu que Marc Boutet, son président, fasse un démenti formel, assurant qu’« aucune discussion de cette nature n’est en cours », pour apaiser les esprits.

Sauf que les discussions entre De Marque et Prologue numérique étaient elles bien réelles… et qu’il n’y avait alors qu’un pas à franchir, dès lors que Prologue devenait propriété de Renaud Bray, pour faire monter les négociations d’un échelon.

Dans le Saint des Saints…

Le problème est que cette vision – assez unanimement partagée par l’interprofession – ne l’est pas du tout par le grand public. « En réalité, Renaud Bray compte parmi les marques fortes que les Québécois citent volontiers comme attractive. C’est chez Renaud Bray que l’on va faire des courses de Noël, par exemple. » Comment sensibiliser le public à des problématiques qui agitent le Landerneau québécois ? Sourire poli, tout est dit. Dont acte.

Des subsides publics dévoyées ou une demande légitime, la rencontre des organisations professionnelles avec un représentant du ministère de la Culture, le 17 novembre dernier, n’avait pas changé grand-chose. « On nous a promis que tout le monde voulait faire preuve de bonne volonté et restait à notre écoute », ironisait-on. Ambiance…

Québec : Marie Montpetit tente
de déclarer sa flamme à l’industrie du livre

Toutefois, conséquence directe des jeux politiques, la directrice de la Sodec, Monique Simard, ne sera pas renouvelée dans son mandat. Elle tiendra la boutique jusqu’au 4 janvier, nous explique-t-on, mais, à la demande du gouvernement, sera donc bien remplacée.

Selon nos propres informations, alors que Luc Fortin était ministre de la Culture, le rôle de la présidente de la Sodec avait déjà été mis en question. Le Devoirassure que le conseil d’administration de la Sodec avait pour sa part choisi de renouveler sa confiance à Monique Simard, mais le gouvernement Couillard a choisi d’intervenir pour refuser cette proposition.

Comme seul le Conseil des ministres peut prendre la décision et que le CA n’a qu’une fonction de recommandation…

Retrouver toute l’actualité du Salon du livre de Montréal 2017

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